Dans un entretien accordé à EurActiv.fr, l'ambassadeur d'Albanie en France, Ylljet Aliçka, revient sur la perspective d'adhésion de son pays à l'UE.

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L’intégration européenne est une perspective de longue date pour l’Albanie, concrétisée par la conclusion d’un accord d’association avec l’UE en 2006, puis par le dépôt de la candidature d’adhésion en avril 2009. Comment ce processus est-il perçu aujourd’hui en Albanie, à la fois dans la classe politique et au sein de la population ?
L’Albanie est un pays européen, de culture et d’identité européenne. Je tiens compte de toute l’histoire en disant cela. La domination ottomane a bouleversé la vocation européenne, mais les malheurs qu’a apporté la période communiste ont définitivement réorienté l’Albanie vers les valeurs européennes. L’Europe est le symbole du développement économique. Mais la volonté d’adhérer reflète surtout l’attachement des Albanais aux valeurs de liberté, de droits de l’homme, d’Etat de droit.
Depuis le début des années 90, le soutien en faveur de l’adhésion a toujours avoisiné les 98% dans les sondages. Ces dernières années, ce taux a diminué à 89%, car la communication de l’UE autour des critères d’adhésion et le durcissement ressenti en direction des pays candidats a provoqué un certain scepticisme en Albanie. Aujourd’hui, c’est plutôt 89%. L’Albanie reste un pays très fortement pro-européen. Pour le gouvernement, l’élargissement est vraiment la priorité stratégique absolue. C’est l’un des rares sujets pour lesquels il existe un consensus politique très fort.
Quels sont les principaux défis à relever avant de parvenir à l’adhésion? Quel chemin a été parcouru depuis que la candidature d’adhésion a été déposée il y a un peu moins d’un an?
Le questionnaire d’adhésion que nous a transmis la Commission devrait être finalisé en avril. Nous espérons obtenir notre statut de candidat officiel.
La corruption et la criminalité organisée restent des problèmes en Albanie, mais la volonté de lutter contre ces phénomènes est forte, et les résultats sont encourageants. La réforme judiciaire est également une priorité, ainsi que l’augmentation des investissements étrangers. L’Albanie a très bien résisté à la crise, avec un taux de croissance de plus de 3% en 2009. Mais nous devons encore renforcer le rythme de nos réformes économiques, les infrastructures, le tourisme.
La législation est en place, mais il faut encore mettre en œuvre concrètement ces mesures.
Le système politique est-il suffisamment mûr pour affronter ces réformes ?
L’administration est plus mâture que la classe politique. Récemment, l’opposition socialiste a boycotté le Parlement issu des dernières élections pendant plus de 6 mois. Le dialogue politique au sein du Parlement n’est pas encore fonctionnel. Mais la vie politique albanaise est dans un processus de maturation continu. La pratique du compromis et du dialogue est privilégiée par les partis, ce n’est plus la politique de la violence. La philosophie de la nouvelle coalition gouvernementale de centre-droit démocratique, qui inclut une petite partie de gauche, est une nouvelle base.
Les dernières élections législatives sont intervenues dans un moment crucial, l’objectif stratégique de l’intégration à l’UE l’a emporté. Les partis ont immédiatement harmonisé leur position. L’Albanie est un petit pays, si la volonté politique est là, le pays peut très vite prendre le bon virage.
Contrairement à certains de ses voisins, l’Albanie a été exclue en décembre dernier du système d’assouplissement des visas. Une décision plutôt controversée dans votre pays. La politique européenne d’élargissement en direction des Balkans vous semble-t-elle cohérente?
Pour les citoyens, la libéralisation des visas est l’une des questions les plus marquantes dans la perception de l’intégration européenne. Pour un pays isolé comme l’Albanie, un pays avec une forte migration, le fait de pouvoir voyager librement en Europe est très important.
Il y a trois jours, la majorité a proposé un document destiné à unifier toutes les forces et tous les efforts déployés dans le pays pour accélérer le processus de libéralisation des visas.
L’Albanie a rempli tous les critères techniques prévus par la Commission vis-à-vis de ce processus, maintenant c’est une décision politique. Mais on ne peut pas juger l’UE, les messages qui arrivent dans les Balkans sont toujours positifs. Si certains adhèrent à l’espace Schengen un peu avant les autres, ce n’est pas grave. Le plus important, c’est qu’historiquement parlant, cette année sera décisive.
La Commission vient de mener une nouvelle estimation de la politique albanaise sur les visas. Une échéance proche est-elle évoquée pour la libéralisation?
Il y a un mois, la Commission européenne a mené une nouvelle mission pour vérifier le respect de tous les critères. D’après les informations dont nous disposons, le bilan est très positif. Le Parlement européen, favorable à une libéralisation rapide, doit se prononcer bientôt. Et les ministres de l’Intérieur de l’UE doivent se réunir bientôt pour prendre la décision.
Le contrôle des frontières, les passeports biométriques… Nous disposons de toutes les dernières technologies et méritons techniquement cette libéralisation. Aujourd’hui ce n’est plus qu’une question de délais, ce sera avant ou après l’été.
Les Européens redoutent en particulier les vagues de migration albanaises…
Nous avons pris toutes les mesures possibles et imaginables pour éviter les dérives de la libéralisation. Nous avons été parmi les premiers à adopter l’accord de réadmission, nous avons construit des centres d’accueil des immigrés illégaux, conformément aux standards européens. Par ailleurs, le processus de normalisation en vue de la libéralisation a été accompagné en Albanie par une campagne de communication particulière en direction des citoyens sur la signification de cette libéralisation. Il ne doit pas y avoir de malentendu.
En outre, la laïcité est une valeur très forte en Albanie. Il n’y a que 2 ou 3% de pratiquants. C’est l'un des seuls pays au monde qui a interdit constitutionnellement la religion pendant la période communiste. Ma génération a grandi dans une société où il n’y avait aucune référence religieuse. S’il y a bien une valeur que l’Albanie pourrait apporter à l’UE grâce à son intégration, c’est bien celle de la tolérance religieuse.
Selon vous, quel horizon est envisageable aujourd’hui pour l’adhésion? Etes-vous optimiste ?
Papandréou [ le premier ministre grec ] évoque symboliquement 2015, le centenaire de la seconde guerre mondiale. La balle est dans notre camp. Je préfère que nous entrions au moment où notre niveau de développement sera suffisamment en harmonie avec les standards européens. Nous savons très bien que le jugement sera objectif de la part de l’UE. L’échéance a peu d’importance, nous voulons avant tout nous développer, améliorer la vie quotidienne des citoyens. Nous ne voulons pas être à la charge des Européens.
Qu’est-ce que l’Albanie pourrait apporter à l’UE ?
Tolérance religieuse, laïcisme, diversité culturelle, tourisme, jeunesse, main d’œuvre qualifiée… Les ressources énergétiques en Albanie sont également très importantes, seulement 20% sont exploitées aujourd’hui. …
En France, on apprécie beaucoup la politique de stabilisation et d’ouverture menée par l’Albanie dans la région des Balkans. Le pays a de bons rapports avec ses voisins. Je suis persuadé que l’intégration européenne est le meilleur outil pour relativiser toutes les frontières existantes dans les Balkans, religieuses, ethniques, les extrêmes ou les nationalismes…
L’Albanie souffre d’un problème d’image immédiatement perceptible ici en Europe.
Contexte
L’Albanie a demandé son adhésion à l'UE en avril 2009. Mercredi 16 décembre, la Commission européenne a remis à Tirana un volumineux questionnaire destiné à évaluer les capacités du pays à rejoindre les 27.
Une fois que le pays aura fourni ses réponses, il recevra un « avis », émis après examen par la Commission européenne. Une recommandation positive, une fois approuvée par le Conseil des ministres, confère au pays le statut de candidat « officiel ».
Dans son dernier rapport sur l'Albanie, la Commission européenne a rappelé à Tirana les efforts qui lui reste à faire, en particulier dans les domaines de la lutte contre la corruption, de la primauté du droit, du fonctionnement des institutions de l'Etat, et la poursuite des travaux visant à éliminer les restrictions sur les visas. Contrairement à la Serbie, la Macédoine et le Monténégro, l'Albanie n'a pu être exemptée car elle n’a pas encore satisfait à toutes les exigences.






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