La nouvelle Constitution hongroise controversée est l’œuvre d’un parti, le Fidesz. Pour Lukáš Macek, directeur du campus européen – Europe centrale et orientale de Sciences-Po à Dijon, la Hongrie en est encore à gérer son passé post-communiste.

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Lukáš Macek: "L'élargissement met-il en péril le projet européen?"
Les critiques contre le gouvernement de Viktor Orbán et sa nouvelle constitution sont quasi-unanimes. Les partagez-vous ?
Il existe aujourd’hui une vraie inquiétude autour de la Hongrie. Le parti au pouvoir, le Fidesz, joue avec le feu en enchainant des lois et des réformes qui éveillent des soupçons sur la qualité de la démocratie hongroise. Mais, pour le moment, nous ne pouvons pas clairement juger des résultats concrets de ces changements. C’est surtout lors de la mise en œuvre des nouvelles lois ou encore lors des prochaines élections générales, en 2014, qu’il faudra être très attentif et réagir avec force, si les soupçons tendent à se confirmer.
Pourtant, la Commission européenne a déjà exprimé des réserves, tout comme le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé ?
Dans sa réaction, il ne faut pas que l’Europe répète les erreurs de 1999 lorsque le parti d’extrême droite de Jörg Haider est entré au gouvernement en Autriche. Elle avait surréagi et avait ensuite dû rétropédaler.
Il faut surveiller de près ce qui se passe mais ne pas tomber dans le piège d’une dénonciation générale, idéologique et excessive. Il faut faire le tri dans les critiques et insister sur des éléments concrets et précis : l’indépendance de la Banque centrale ou de la Cour constitutionnelle, par exemple. La Commission et le Conseil ont les moyens d’agir (pressions financières, dispositions du Traité de Lisbonne) s’ils savent le faire avec délicatesse, sans s’aliéner le pouvoir hongrois et sans contribuer au sentiment d’un « diktat» étranger aux yeux des citoyens hongrois. Pour cela, il faut surtout éviter des critiques à l’emporte-pièce, fondées davantage sur des procès d’intention et des parallèles historiques douteux que sur les faits.
Pourtant, de l’extérieur, le pouvoir hongrois renvoie une image dure…
Il n’existe pas de culture du consensus politique en Hongrie. Les relations entre les différents partis sont mauvaises, voire violentes. Le Fidesz et ses partisans ont un fort sentiment de revanche contre le précédent gouvernement de centre gauche, mêlé à des affaires de corruption et accusé de mensonges. Le rejet massif de ce dernier par les citoyens hongrois a donné au Fidesz une majorité écrasante, amplifiée par le fait que la Hongrie n’a pas de parlement bicaméral. Rien n’oblige donc le Fidesz à rechercher le compromis. Le gouvernement Orbán donne parfois le sentiment d’une sorte d’ivresse du pouvoir.
Cette constitution en est le résultat puisque le Fidesz, fort de sa majorité des deux tiers, n’a pas cherché à faire de concessions aux autres partis. Et ces derniers se sont d’ailleurs aussi braqués. Si les constitutions des autres pays européens sont en général le résultat d’un compromis entre les différents courants politiques, la Hongrie fait maintenant exception.
Enfin il faut aussi comprendre la rhétorique qu’Orbán utilise pour justifier cette réforme. Il l’explique par la nécessité de rompre avec l’héritage communiste. Car à la différence des autres pays de la région, la Hongrie avait toujours la même constitution qu’à l’époque soviétique, même si elle a été largement amendée après 1989. Cette situation s’explique par l’ouverture relative du régime Kádár, sans doute le plus libéral du bloc de l’Est, et la transition progressive qui en a découlé. Dans d’autres pays, la rupture avec le passé communiste a été plus nette, ne serait-ce qu’au niveau de la Constitution, précisément.
En voulant en terminer avec un certain passé, le Fidesz en glorifie un autre. Celui de la nation hongroise, de ses populations situées à l’extérieur de ses frontières, avec des références à Dieu, la famille traditionnelle… Sans oublier les nombreuses autres lois populistes des derniers mois. Difficile de ne pas voir un repli nationaliste ?
C’est effectivement un autre point à surveiller avec attention dans les mois et années à venir. La Hongrie est l'un des pays les plus touchés par la crise. La population et l’économie sont fragilisées et les perspectives ne sont pas bonnes. Le FMI et l’UE servent de boucs émissaires. Dans ce contexte, le retour du nationalisme ou d’un certain repli sur soi est quasiment un réflexe mécanique.
Viktor Orbán est passé maitre dans l’art d’utiliser les critiques venant de Bruxelles pour se renforcer sur le plan intérieur, auprès de ses électeurs. Le Fidesz est-il devenu un parti eurosceptique ?
Il existe un paradoxe avec la droite hongroise. Dans son discours intérieur, elle est effectivement très dure avec l’UE mais au niveau européen, le Fidesz est plutôt actif et constructif, contrairement aux droites britannique et tchèques. Il n’a pas fait d’ailleurs le choix de rejoindre les partis eurosceptiques au Parlement européen.
Viktor Orbán est même vice-Président du Parti populaire européen. Cette double attitude est aussi peut-être un moyen de se donner une respectabilité européenne, pour faire plus facilement passer la politique intérieure controversée.





Réactions
Courgeron (non vérifié), le 05/01/2012
Les références à Dieu et à la famille traditionnelle ne sont ni des valeurs passéistes ni des manifestations de repli identitaire...
Bien au contraire ! L'Europe existe par son passé Chrétien. Le nier serait une ineptie...
Ces références me semblent être celles du futur pour une Europe moins technocratique, plus démocratique et respectueuse des traditions populaires qui l'enrichissent.
MCS (non vérifié), le 07/01/2012
@Courgeron : vous avez bien raison
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